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La traite des mineurs en Europe de l’Ouest

02/02/2011

Quelques clés de compréhension pour mieux appréhender les phénomènes de traite des mineurs en Europe de l’Ouest.

Olivier Peyroux, Sociologue, directeur adjoint de l’association Hors la Rue

L’exploitation des mineurs à travers la migration est la plupart du temps liée à l’addition de différents facteurs :
- Les modifications socio-économiques profondes dans le pays d’origine entraînant une paupérisation d’une partie de la population,
- La présence de migrants dans les pays de destination depuis plusieurs années,
- La dégradation du système de protection de l’enfance dans les pays d’origine et de destination.

Quelques chiffres en région parisienne

Bien qu’il soit difficile de quantifier précisément les mineurs victimes de traite, en croisant les données de l’association Hors la Rue et de la PJJ1 sur le nombre de mineurs rencontrés en situation de traite ou de délinquance/victime, il est possible de réaliser les estimations suivantes :
- Plus de 70 jeunes filles pickpockets dans le métro parisien âgées entre 10 et 15 ans,
- Une cinquantaine de jeunes filles mineures en situation de prostitution (Afrique et Europe de l’est),
- Une cinquantaine de garçons mineurs en situation de prostitution,
- Une quarantaine de mineurs en situation de vol forcé.

Les différents types d’exploitation

L’exploitation des mineurs est orientée vers les activités les plus rémunératrices pour lesquelles les autorités du pays de destination semblent incapables de réagir efficacement. Ce principe entraîne différentes formes de traite en fonction de l’application de la législation des pays de destination. Suivant l’âge, les mineurs passent d’une activité à une autre et circulent souvent entre différents pays d’Europe.

Les jeunes exploités de 10 à 14 ans peuvent être contraints à voler puis, à l’adolescence pratiquer la prostitution leur évitant ainsi les peines de prison et le contact avec les institutions. La circulation entre plusieurs pays vient renforcer cette stratégie d’isolement. Bien que moins rémunérateur que les activités précédentes, le travail forcé (aussi bien dans l’agriculture que dans des ateliers ou les restaurants) est souvent privilégié car moins risqué pour les gens qui l’encadrent. Il concerne en majorité les jeunes en situation d’exploitation provenant des pays asiatiques (Chine, Inde, etc.) mais tend à se développer de plus en plus dans les autres populations.
Récemment quelques mineurs afghans ont été aperçus en situation de prostitution masculine.

Exploiteurs et techniques d’exploitation

La structuration est souvent complexe et prend régulièrement l’apparence simple d’une exploitation liée à la cellule familiale.
Le système le plus courant est la servitude pour dette et touche l’ensemble des pays d’origine. Les exploiteurs font en sorte qu’une famille contracte une dette dont le remboursement nécessite l’implication de tous les membres y compris des enfants. La famille se retrouve dépendante du prêteur et devient à son tour exploiteur.
La ruse, la tromperie et la séduction sont les autres méthodes classiques de recrutement. De nombreuses jeunes femmes d’Europe de l’Est, victimes de prostitution, ont souvent été trompées par leur « petit ami » qui, après avoir suffisamment gagné leur confiance et celle de leurs parents, les emmènent à l’étranger et les force à faire le trottoir.
Généralement, le même individu a séduit plusieurs filles en parallèle et n’est qu’un intermédiaire de l’organisation. Afin de limiter les risques de poursuite, ces intermédiaires, à leur tour, délèguent aux victimes les plus anciennes et les plus dociles l’encadrement des activités sur place.

La protection spécifique des mineurs

Les victimes mineures de la traite doivent être impérativement signalées aux services de la protection de l’enfance c’est-à-dire à l’ASE2 ou au Parquet des mineurs (notamment quand il s’agit d’un danger avéré) du département concerné conformément à la loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance.
Dans la plupart des cas, la protection de l’enfance classique n’est pas adaptée : personnel non formé sur cette problématique, absence de structures permettant l’éloignement géographique. Cette situation aboutit souvent à une fugue de l’enfant et à sa récupération par le réseau. Il semble donc urgent qu’un dispositif spécifique de protection des mineurs victimes de la traite soit mise en place.
A noter que ce système existe déjà pour les majeurs il s’agit du réseau AcSé coordonné par l’association ALC Nice. Il permet notamment de trouver en 24 heures une place dans un foyer avec une équipe éducative formée à la prise en charge des victimes.
L’association Hors la Rue et InfoMIE se sont associées en décembre 2010 pour organiser une journée sur cette question afin de sensibiliser davantage les autorités sur l’urgence de la mise en place de réponses adaptées.

1. PJJ : Protection judiciaire de la jeunesse
2. Aide sociale à l’enfance

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