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Une approche sociologique de la pauvreté des enfants

Approche sociologique de la pauvreté des enfants

03/02/2012

Une approche sociologique de la pauvreté des enfants

Ewelina Cazottes, sociologue, Université Paris VIII

Jusqu’à présent en France, la pauvreté des enfants a peu fait l’objet d’analyses.
L’observation, au travers de la statistique publique, est loin d’être systématique et les résultats sont très dispersés. L’analyse des causes ou des conséquences des situations de pauvreté des enfants est encore plus lacunaire.
Enfin, l’objectif de réduction de la pauvreté des enfants n’est guère présent à l’agenda politique.

On pourrait ici émettre l’hypothèse que la pauvreté touche très peu les enfants dans notre pays, cependant ceci ne semble pas refléter la réalité puisque le taux de pauvreté des enfants (17,7%) est, en France, plus élevé que le taux de pauvreté de l’ensemble de la population (13%).

Si on compare ces données avec d’autres pays européens, on peut constater que la pauvreté des enfants est, en France, un peu moins élevée que dans l’ensemble des pays de l’Union européenne1 (19 % des enfants pauvres contre 16 % de l’ensemble de la population).
La situation est en effet plus favorable que, par exemple, en Italie (25%), en Belgique (15%) ou en Allemagne (12%). Mais on est loin de la situation des pays scandinaves qui concilient un faible taux de pauvreté dans l’ensemble de la population et un taux de pauvreté des enfants encore plus faible (10% en Danemark et en Finlande).

Pourquoi alors le phénomène de la pauvreté des enfants est si peu présent dans le débat public en France ?

Deux raisons principales peuvent être énoncées.
Tout d’abord, la France a été toujours considérée comme un pays riche au sein duquel le phénomène de pauvreté infantile était marginal. La situation des enfants dans la société française était décrite de façon générale comme « bonne » (voir Troisième et Quatrième Rapport périodique de la France présenté en 2009 devant le Comité des droits de l’enfant 20092),où les droits des mineurs sont respectés.
Dans l’opinion publique, cette question a été plutôt assimilée à des pays dits « du Tiers Monde » ou des pays en développement.

La seconde raison tient à l’image de la France en tant qu’Etat social et protecteur. L’existence des politiques familiales, considérées comme l’une des meilleures en Europe, devraient alors réduire fortement le pourcentage des enfants en situation de pauvreté.
Pourtant ces politiques ont leurs limites et l’on peut constater l’existence d’un certain nombre d’enfants de familles pauvres dont la précarité et la pauvreté éloignent des lieux traditionnels de loisirs et d’éducation.
Le deuxième facteur qui devrait protéger les enfants en situation de pauvreté, est l’Ecole. Celle-ci a longtemps joué un rôle d’ascenseur social. Aujourd’hui, les chercheurs français démontrent que le modèle de l’Ecole unique n’existe plus (Van Zanten, 1999) et il faudrait plutôt parler de « plusieurs écoles ».

Nous avons exposé les raisons pour lesquelles le phénomène de pauvreté infantile n’est pas abordé en France.
Pourtant, les conséquences de la pauvreté éprouvée dans l’enfance sur le devenir à l’âge adulte sont lourdes. Un nombre impressionnant de travaux étrangers soulignent que la pauvreté éprouvée dans l’enfance accroît les risques de la connaître à l’âge adulte.
Il s’agit bien d’une augmentation des risques et non, heureusement, d’un déterminisme absolu, mais elle est suffisamment significative pour justifier sa prise en considération dans les politiques publiques.

Dans le contexte actuel, la pauvreté infantile interroge considérablement l’organisation des politiques publiques (politiques sociales, familiales, de l’emploi, de l’éducation, etc.).
Selon l’approche choisie par les autorités publiques territoriales (la pauvreté infantile en tant que problème monétaire ou phénomène global), les politiques se concentrent plutôt sur les prestations sociales ou sur les actions ayant comme objectif le soutien des familles dans leurs compétences parentales ou l’amélioration de l’entourage de la famille.

Dans le résumé de l’article intitulé « Question de la pauvreté des enfants en Europe. Nouvelles tendances dans les politiques publiques. L’exemple de la région Ile-de-France et Voïvodie de Mazovie (Pologne) », Ewelina Cazottes3 analyse l’ensemble des éléments qui peuvent avoir un impact sur les politiques menées auprès des enfants en situation de pauvreté en France et en Europe, ceci afin d’examiner les facteurs qui peuvent faciliter la réduction de la pauvreté des enfants.
Pour cela, l’analyse sera menée sur trois niveaux : l’état de savoir sur la situation de l’enfance pauvre dans la société française contemporaine (1), le choix des orientations à donner aux politiques publiques (2), les améliorations de l’observation et de l’analyse à engager rapidement (3).

1. Les seuils de pauvreté sont, dans chaque pays, définis en proportion du niveau de vie médian propre au pays.
2. Le rapport est disponible sur http://www.un.org/fr.
3. Éducateur spécialisé, sociologue, formateur-chercheur, elle est associé au laboratoire CERA (Centre d’Etude et de Recherches Appliquées) qui regroupe trois écoles de formation : EFPP, BUC Ressources, IFSY Versailles et LERP à l’Université de Reims Champagne-Ardenne.

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