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Le traitement médiatique des personnes en situation de pauvreté

05/06/2009

Le traitement médiatique des personnes en situation de pauvreté

Pourquoi les médias ne parlent de la misère qu’en hiver ? Pourquoi les pauvres sont-ils représentés d’une manière réductrice dans les reportages ou les enquêtes journalistiques ? Une rencontre organisée en 2005 permet aux associations et travailleurs sociaux de confronter leur vision du traitement médiatique de la misère avec des journalistes.

Equipe de la Mipes

« Lorsque j’ai lu « Les plus pauvres de la société invités à la messe de minuit », ça m’a fait mal. Je ne suis pas sortie pendant dix jours parce que j’avais peur qu’on me reconnaisse. Ils auraient pu écrire « Le mouvement ATD Quart Monde et les autres associations étaient invités à la messe de minuit ». Là, j’aurais mieux compris ». Cette phrase d’une membre d’ATD Quart - Monde reflète bien les déceptions et les incompréhensions des associations et des travailleurs sociaux devant le traitement médiatique de la pauvreté.

Le sentiment général des associations est que les journalistes préfèrent un traitement qui frise parfois avec le sensationnel. On touche souvent à la caricature des personnes à la rue et des pauvres en général (« Un journaliste était déçu parce que la personne qu’il interviewait était bien habillée. Mais ce n’est pas parce que l’on est dans la misère que l’on est sale »). Cette caricature et la généralisation de situations complexes tendent à faire croire que les médias ne respectent pas les personnes touchées par la pauvreté. Erreurs et omissions se rajoutent à des images parfois « volées » qui stigmatisent les plus pauvres.

Face à ce sentiment, les journalistes expliquent les conditions dans lesquelles se monte un « sujet » : le défendre en conférence de rédaction, trouver des témoignages (plus parlants aux yeux des lecteurs / téléspectateurs que des études chiffrées) puis réduire le reportage à quelques dizaines de lignes en presse écrite, une ou deux minutes en télé. Les journalistes sont prisonniers ou contraints par des règles plus générales qui tiennent à la logique rédactionnelle, l’aspect économique. Certains d’entre eux produisent des articles pour lesquels ils ont beaucoup donné, et qui sont ensuite refusés parce que la logique de l’actualité fait que tel autre thème prend le dessus.

Comme le résume Yves Lochard, chercheur à L’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), « on parle dans la presse écrite de ces questions à l’occasion de journées rituelles : aujourd’hui le 17 octobre, la semaine du Secours Catholique quand ils publient leurs statistiques sur la pauvreté et à l’ouverture des Restos du Cœur. En dehors de ça, les articles sont rares.

La question est souvent abordée, peut-être pas dans un but émotionnel, mais à l’occasion d’évènements dramatiques. Cela vaudrait pour les hôtels insalubres qui ont brûlé ces dernières semaines. On aborde le problème dans des circonstances dramatiques plutôt que dans des périodes d’étiage, de calme, où l’on pourrait l’aborder et faire des enquêtes plus approfondies. »

Source : Compte rendu de la rencontre organisée par la Mipes le 17 octobre 2005 "Comment les médias parlent-ils des personnes en situation de pauvreté ?"

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