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Estime de soi et spirale de la précarisation

08/06/2009

Estime de soi et spirale de la précarisation

Equipe de la Mipes

Sentiment de dévalorisation, isolement, perte du sentiment d’utilité…font partie des manifestations qui se combinent pour produire des blocages et un sentiment d’impuissance. Les personnes en situation précaire ne sont pas les seules à connaître cette détresse. Mais lorsqu’on est privé de cadre et de repères sociaux, une spirale négative s’enclenche.

Certains individus ne savent plus ou ne peuvent plus, compte tenu de ce qu’ils ont eu à subir, se reconnaître comme ayant une place identifiée et reconnue dans le corps social. Ils sont dévalorisés, disqualifiés. Or l’expérience de la disqualification est particulièrement perturbante. Dès l’école, un nombre croissant d’individus ont le sentiment d’être niés dans leur personne, leurs capacités et leurs compétences - et portent obsessionnellement ce sentiment à long terme. Ils perdent alors une partie de leurs ressorts, de leurs ressources, de leurs cadres de référence.

Ces logiques créent des spirales de précarisation où les problèmes engendrent les problèmes et amplifient les difficultés. Le fait d’être dans une disposition négative au regard de soi même perturbe et dégrade les relations de la personne au sein de son réseau social et de son espace privé. Et ces spirales affaiblissent les liens qui devraient précisément apporter du secours, à commencer par l’entourage le plus proche. S’y ajoute la perte relative de la disposition à aller vers les ressources existantes (soins, travailleurs sociaux, dispositifs de prévention). L’écart se creuse alors entre les dispositifs spécialisés qui ont été pensés pour les personnes en difficulté et ces mêmes personnes en difficulté. Pour elles, aller vers un dispositif spécialisé signifie accepter le stigmate et le diagnostic qu’elles ont commencé à incorporer.

La santé mentale est finalement vécue comme une zone d’identification négative. Aller vers un professionnel, c’est, à leurs yeux, s’auto-désigner et se faire reconnaître comme une personne ayant, en plus de tous ses autres problèmes, une difficulté psychique. Cette situation entraîne un accroissement de l’isolement, des phénomènes de stigmatisation et de discrimination. Elle produit des enclaves. Les personnes continuent à agir et à vivre, mais en s’inscrivant dans la vulnérabilité et la nécessité de trouver des supports sociaux de bricolage. La vulnérabilisation est accentuée et peut entraîner des conduites à risque : prise de psychotropes, activités délictueuses, etc.

L’un des ressorts est d’agir sur la dynamisation de l’individu. Il s’agit avant tout sur ce plan de valoriser les compétences des personnes et d’instaurer des relations de confiance qui permettront l’ouverture, l’expression et l’échange. Mais il importe également de favoriser l’énonciation, par l’inter-subjectivation, la résilience (ou mobilisation de soi et de personnes aidantes de référence et de proximité) et l’empowerment (dynamiques de remise en capacité et en compétence)

Source : "Santé mentale et précarisation", compte-rendu du colloque organisé par la Mipes en 2003

Autres documents annexes à consulter sur le même sujet :

- Rhizome, bulletin de santé mentale et précarité édité par l’Observatoire des pratiques en Santé Mentale et Précarité, avec le soutien de la Direction Générale de l’Action Sociale (DGAS) et de la Direction Générale de la Santé (DGS).

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