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Contexte

Sans domicile mais pas sans emploi

17/04/2009

Contexte

Pierre Le Louerec, Sociologue indépendant, APICS (Agence indépendante de conseils, études et expertises sociologiques)

Il existe plusieurs approches définitoires de la notion de pauvreté et en conséquence plusieurs façons de l’apprécier, de l’évaluer, de la mesurer. Le fait, que sa mesure pose problème est la résultante d’une définition qui ne va pas de soi. Une définition qui est souvent réductrice dans laquelle celle-ci ne se laisse pas enfermer.

La mesure a son importance mais la rapporter à un ensemble d’indicateurs chiffrés suppose un usage prudent. Ils sont des critères de repérage toujours imparfaits et relevant d’une représentation et non des critères explicatifs. Il convient de ne pas se laisser piéger par une situation sociale dont la description ne rendra compte que d’un aspect figé de la réalité d’un état résultat d’un processus*. En termes d’explication la description n’est pas suffisante.

Si l’on considère que la pauvreté constitue un état propre de la condition sociale et humaine, au sens large du terme. Un état dans lequel la personne n’est plus ou pas en mesure de subvenir aux besoins élémentaires (manger, se soigner, se former, etc.) qu’elle vit dans une misère matérielle, sanitaire et psychologique, etc. Cet état qui fait l’objet d’une mesure par les ressources économiques, sera d’emblée réduit dans son appréhension. Les besoins élémentaires seront toujours relatifs et ne peuvent se réduire qu’à la dimension économique et financière. De ce fait, la mesure de la pauvreté dite monétaire est toujours arbitraire et relative, autant que le seraient deux situations évaluées comme identiques, ne serait-ce que de ce seul point de vue. Elle se confronte et se confrontera toujours aux questions de son objet (d’objectivité), de champ d’application, d’universalité, de ligne de pauvreté, d’unité à étudier, etc. même au plan de la mathématique monétaire.

Nous pouvons considérer que cet état renvoie à la privation qui passe par un double processus. Une capacité possiblement altérée à s’approprier (posséder) telle ou telle chose matérielle ou immatérielle combinée à des statuts et des conditions sociales telles qu’elles surdéterminent fortement cette capacité. En fait, socialement, la pauvreté serait le résultat d’une incapacité structurelle ou/et conjoncturelle à posséder, donc à avoir un quelconque « pouvoir d’achat » au sens large. Ce « pouvoir d’achat », souvent entendu au plan monétaire, réduit l’échange social dont pourtant il procède. Pour s’en convaincre il n’y a qu’à penser à ce qu’on appelle la « force de vente » qui fait que ce n’est pas seul le critère monétaire qui fera que l’on peut acquérir un bien ou un service autant que s’en délester. Si le pouvoir d’achat ne se réduit pas qu’à cet aspect monétaire, il ne s’agit pas de nier que la monnaie est le principal média d’échange qui conditionne la dégradation ou l’amélioration de la condition matérielle et humaine.

La fabrication d’indicateur doit ainsi s’élaborer dans le cadre d’une problématique définie (donc limitée) et s’attacher avec grand soin à l’édification des « revenus » et des « unités de consommation ». En cela les limites de la méthode et des sources d’informations, comme les opérations de redressement doivent être explicitées.

Mais ce qui nous semble être le plus essentiel est d’envisager les indicateurs de mesure comme des moyens de comparaison pour nourrir le débat indispensable car nécessaire à l’action solidaire de lutte contre la pauvreté. **

* La figure et configuration de la pauvreté comme toute manifestation sociale change au même titre que la société. Au début du XIXème siècle, il y avait les travailleurs et les pauvres, aujourd’hui il y a les « travailleurs pauvres ».

** Comme tout phénomène social, la pauvreté renvoie à différents registres imbriqués qu’il est essentiel de distinguer pour l’analyse. Il sera toujours possible de décrire sous l’angle sociologique, historique, ethnologique, etc. les réalités de la pauvreté, mais il convient d’en dégager les processus anthroposociologiques propres et spécifiques pour la combattre.

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