Mipes Ile-de-France

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Logement

Mal-logement

juin 2012

Quand le logement devient un vrai problème de société

3,6 millions de personnes sont en situation de mal-logement, et parmi elles 700 000 sont sans domicile personnel. Dans son rapport annuel, la Fondation Abbé Pierre dresse un état des lieux du mal-logement, et analyse les réponses apportées par la puissance publique face à l’extension de la crise du logement. Dans un contexte de marché résidentiel particulièrement tendu, la région Ile-de-France concentre des situations de mal-logement d’une extrême gravité.

Christophe Robert, sociologue, Délégué Général Adjoint de la Fondation Abbé Pierre

Lorsque la Fondation Abbé Pierre a publié son premier rapport national sur l’état du mal-logement, il y a dix-sept ans, jamais elle n’aurait imaginé que le phénomène puisse prendre une telle ampleur : 3,6 millions de personnes mal-logées, dont 700 000 qui sont privées de domicile personnel, contraintes de vivre dans la rue, dans des caves, des parkings, en camping à l’année, etc.

La crise économique et sociale survenue en 2008 n’a fait qu’accélérer et exacerber le mal-logement que vivaient déjà des centaines de milliers de nos concitoyens, notamment des ménages pauvres et modestes, personnes isolées, jeunes en difficulté d’insertion, femmes seules avec enfants…
La crise a également contribué à élargir le périmètre des personnes fragilisées dans leur logement, qui s’étend désormais aux salariés modestes, classes moyennes, couches supérieures… 10 millions de personnes sont aujourd’hui touchées, de près ou de loin, par la crise du logement.

Dans un contexte de pénurie de logements et de flambée des prix de l’immobilier, l’accès au logement prend la forme d’une véritable « lutte des places ».
Plus de 3 Français sur 4 estiment qu’il est désormais difficile de se loger ; en Ile-de-France ce sont plus de 9 Franciliens sur 10 qui partagent cette opinion1.

Dans ce contexte, les Franciliens les plus modestes sont les premiers touchés : en 2010, plus de 406 000 ménages étaient en attente d’un logement social. Par ailleurs, 12 365 nouveaux ménages ont été reconnus prioritaires dans le cadre du Dalo en 2011, et seulement 5 488 ont été relogés.

Le mal-logement s’est ancré dans la réalité francilienne et le nombre de personnes exclues du logement n’a cessé de progresser : installation de cabanes et campements provisoires dans les bois, réapparition des bidonvilles (où vivraient entre 8 000 et 10 000 personnes), recours à l’hébergement chez des proches (c’est le cas de 33 000 personnes ayant une domiciliation administrative en Ile-de-France2), accueil dans des structures collectives embolisées (sachant qu’il manquerait environ 13 000 places d’hébergement en Ile-de-France3)… Des milliers de ménages logés souffrent par ailleurs de mauvaises conditions d’habitat, dans des logements indignes ou insalubres, et 115 000 Franciliens vivent sans eau courante, WC et installation sanitaire (Enquête ENL 2006).

Face à cette crise du logement « sans précédent », de nombreux ménages « s’adaptent ». Pour pouvoir être logés, les plus modestes en viennent à accepter des situations intolérables, comme la location de taudis à des « marchands de sommeil ».
Certains supportent des taux d’effort excessifs, d’autres procèdent à des arbitrages entre leurs dépenses, choisissent de ne plus chauffer leur logement pour ne pas se mettre en difficulté…
A Paris, 21% des ménages sont confrontés à un problème d’inconfort ou de surpeuplement4, un chiffre qui révèle l’ampleur des sacrifices que de nombreux ménages parisiens doivent consentir pour continuer de se loger dans une capitale où les prix de l’immobilier et les loyers ne cessent d’augmenter.

Ces situations ne sont pas acceptables, car le mal-logement a des répercussions trop lourdes et durables sur les personnes qui y sont confrontées.
Quand des enfants sont mal-logés, c’est leur santé, leur développement et leur réussite scolaire qui sont bien souvent compromis.
Quand des jeunes ne peuvent pas se loger, c’est la plupart de leurs projets qui peuvent être bloqués : formation, projet professionnel, choix de vivre en couple ou de fonder une famille… Quand certains mobilisent 40 % voire 50 % de leurs ressources pour se loger, ce sont d’autres besoins qui ne sont pas satisfaits, notamment alimentaires ou de santé. Le logement n’est pas qu’un problème de logement, quand il ne permet plus aux ménages de se projeter dans l’avenir.

Cette situation appelle un véritable sursaut au niveau national, et la mise en œuvre de politiques ambitieuses que la Fondation Abbé Pierre a appelé de ses vœux à travers l’élaboration d’un « Contrat social pour le logement ».
Il convient tout d’abord de produire une offre de logements suffisante et accessibles, partout où les besoins existent. En Ile-de-France, l’intensité des difficultés et le désordre des politiques de l’habitat imposent en urgence une organisation régionale de cette production. Par ailleurs, la crise du logement ne pourra pas être enrayée tant que les prix des logements et des loyers ne seront pas régulés. Parmi les réformes à engager, une attention particulière devra être portée aux besoins des plus modestes, et des mesures d’urgence devront être prises pour prévenir toutes les formes d’exclusion.

1. Sondage Ipsos pour Nexity, septembre 2011.
2. Enquête IAU Ile-de-France 2009 sur la domiciliation administrative.
3. D’après une estimation du PRAHI en 2010.
4. D’après exploitation des résultats de l’ENL 2006, réalisée par Jean-Claude Driant pour la Fondation Abbé Pierre.

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