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Santé

Le saturnisme : le mal invisible des taudis

Contexte

En 1997, l’Inserm et le Réseau national de santé publique estimaient la prévalence du saturnisme infantile à 2,1% des enfants de 1 à 6 ans en France, soit environ 85 000 enfants potentiellement intoxiqués en France.


Glossaire

mai 2012

Le saturnisme

Le saturnisme : le mal invisible des taudis

L’intoxication au plomb connue depuis l’Antiquité mais peu à peu oubliée, reste malheureusement encore trop présente en Ile de France.

Morgan PINOTEAU, chargée de projet AFVS

La problématique du saturnisme infantile est réapparue sur la scène publique en 1985, à Paris, avec le décès de deux jeunes enfants vivant dans un immeuble ancien et dégradé.
Anciennement connue comme maladie professionnelle, l’intoxication par le plomb est alors peu à peu devenue un enjeu de santé publique car touchant les enfants en bas âge confrontés à des conditions de logements indignes.
Parfois évoquée comme pathologie sociale, le saturnisme a surtout mis en exergue le rapport entre habitat et santé et les effets que l’un peut avoir sur l’autre.
Le mal logement frappe de nombreuses personnes en situation de précarité : occupation de locaux non destinés à l’habitation, sur-occupation, insalubrité, hébergement par des tiers. Le saturnisme est d’autant plus intolérable qu’il handicape des enfants souvent déjà confrontés à des difficultés d’insertion et d’apprentissage du fait de leur conditions de vie.

Les sources d’intoxication et ses conséquences

Le saturnisme correspond à l’intoxication par le plomb, un métal lourd aux effets toxiques. Les sources sont multiples : atmosphère, eaux de boisson, sites industriels, mais reste principalement liées aux écailles de peintures anciennes dégradées dans les logements.
Cette intoxication a des conséquences graves et définitives sur le développement psychomoteur de l’enfant.
Les effets vont de simples anémies ou troubles digestifs à des atteintes irréversibles du système nerveux pouvant entrainer le décès.

Les jeunes enfants sont particulièrement exposés du fait de leur comportement d’oralité. De plus l’absorption digestive du plomb est plus importante chez eux (4 à 6 fois supérieur à celle de l’adulte).
Enfin leur système nerveux en plein développement les rend tout particulièrement sensibles aux effets toxiques du plomb.
Chez l’enfant, la symptomatologie est souvent absente ou tardive, et lorsqu’elle existe, elle est non spécifique (symptômes neurologiques, digestifs et anémie). En dehors de l’encéphalopathie saturnine lors d’intoxications sévères, on peut observer des céphalées, des troubles de l’humeur, du comportement, de la motricité, une baisse des performances scolaires, retards intellectuels, retard de croissance et troubles rénaux. Les signes digestifs sont variables (douleurs, diarrhée, constipation, vomissement, manque d’appétit).
D’une manière générale, le saturnisme infantile provoque une diminution des performances cognitives et sensorimotrices.

Le saturnisme infantile est donc une intoxication insidieuse dont les effets ne présentent pas de signes suffisamment caractéristiques pour être diagnostiqués aisément.
Le diagnostic repose donc sur la plombémie et le dépistage sur le repérage des enfants et des femmes enceintes exposés, par une démarche ciblée, prenant en compte des facteurs de risques individuels et environnementaux.
Cependant, la plombémie ne permet pas de quantifier la présence de plomb déjà stocké dans l’os, elle ne représente qu’une intoxication récente. Le plomb ingéré ou inhalé est stocké dans l’os où sa demi-vie est de 20 ans. Il s’échappera tout au long de la vie, tout spécialement pendant la grossesse durant laquelle le plomb passe la barrière placentaire.
Les petites filles qui s’intoxiquent aujourd’hui intoxiqueront donc leur fœtus quand elles seront enceintes. Il expose la femme enceinte à des risques d’avortements spontanés, prématurité, perturbation du développement psychomoteur de l’enfant.

Dépistage et traitement

Selon le rapport IGAS de 2004, « l’activité de dépistage sur le territoire apparaît notoirement insuffisante ». Elle n’est soumise à aucune obligation, ce qui provoque des disparités importantes d’un département à l’autre. Ainsi peut-on établir que 84% des dépistages sont concentrés sur Paris et le département de Seine-Saint-Denis.

Le suivi médical des victimes du saturnisme doit être renforcé, tant pour les enfants à intoxication avérée que pour ceux qui ont une plombémie supérieure à 50μg/l.
L’InVS rapporte que 6% de ces enfants voient leur plombémie augmenter et que seuls 18% d’entre eux sont à nouveau contrôlés. La conférence de Consensus de 2003 préconise de doser la plombémie des enfants ayant une plombémie supérieure à 50μg/l, tous les 6 à 12 mois.
S’assurer que tout enfant intoxiqué bénéficie d’un suivi comportant, non seulement des plombémies mais aussi une surveillance du développement neuropsychologique et une prise en charge par des services spécialisés si besoin, relève d’une obligation.

A titre d’exemple, le rapport de l’IGAS de 2004 révèle : « A Robert Debré, il n’y a pas de suivi en consultation après chélation1 ; l’insuffisance de disponibilité en temps de psychologues ne permet pas davantage d’évaluer les conséquences à moyen terme de ces intoxications très sévères. Ainsi trois ans après une intoxication « historique » avec plombémie à 6700μg/l, un enfant n’a toujours pas eu de bilan psychomoteur approfondi. Il en est de même pour un autre enfant dont l’intoxication (2400μg/l) remonte à 2003. »

- Voir quelques chiffres clés sur le saturnisme publiés au sein de la rubrique « Contexte ».

1. Traitement d’une intoxication, ou d’un excès d’un ion métallique donné, par un chélateur. Les chélateurs pour traiter les intoxications causées par les métaux.

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