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Urgence sociale

L’errance des jeunes en Ile-de-France

juin 2011

L’errance des jeunes en Ile-de-France

L’errance des jeunes en Ile-de-France

François Chobeaux, Sociologue, CEMEA, Réseau national « Jeunes en errance »

Derrière la très grande diversité des situations et des statuts de la catégorie englobante « Jeunes en errance », deux grandes dynamiques individuelles apparaissent qui devraient déterminer deux grandes façons considérer ces jeunes et de travailler avec eux.
L’errance de fuite est pour la plupart des jeunes concernés une dynamique de fuite de soi ancrée sur des souffrances psychologiques intimes, renforcée par les conditions objectives d’absence de logements et d’emplois, et nécessite d’engager en préalable à toute remobilisation sociale une remobilisation psychologique.
L’errance de quête, par contre, est une démarche particulière de construction de soi, non dénuée de dangers, où les attentions professionnelles doivent se centrer sur l’accompagnement vers les issues de vie souhaitées.

L’errance des jeunes est un souci pour la société, et une souffrance pour les jeunes qui la subissent.

Mais de quoi, et de qui parle-t-on en Ile de France ?

Commençons par « les jeunes ». On ne peut pas se satisfaire des catégories administratives comme majeurs-mineurs, ou comme moins-plus de 25 ans.
Il sera question ici d’une tranche d’âge large, allant de 15-16 ans à 25-30 ans.

Et comment ne pas parler ici des jeunes migrants aux statuts complexes, majeurs et mineurs, clandestins ou détenteurs de visas temporaires ?
Mais ces jeunes migrants ne sont pas les seuls mineurs en question : selon les définitions que l’on donne de l’errance, nombre de mineurs de nationalité française sont concernés.
Et les travailleurs sociaux ainsi que les policiers qui interviennent à Paris dans le quartier des Halles savent bien qu’il s’agit là d’un lieu de regroupement régional, voire national, de mineurs en rupture de lien avec leurs familles ou avec les institutions éducatives qui en ont la charge.
Ainsi, comme on ne sait pas bien définir qui sont les jeunes errants, il est très difficile de les quantifier.

Quant à l’errance  : le terme est maintenant complété d’adjectifs qui tentent de montrer des populations différentes et particulières : errance sédentaire des jeunes des cités, errance internationale des migrants, errance territoriales des jeunes SDF, errance psychique des malades mentaux à la rue et non suivis...
En décembre 2001, le rapport « Analyse sur l’errance des jeunes dans le département de l’Essonne » proposait « Par errance des jeunes, on désigne tous ceux qui connaissent une situation durablement marquée par l’absence d’une domiciliation stable et qui a des conséquences importantes sur leur possibilité d’une insertion ou d’une intégration sociale1 ».
Dans ce cas les jeunes des cités n’en sont pas, et ceux accueillis en CHRS le sont.
On peut aussi tenter de sortir de ces définitions trop uniquement descriptives de situations de vie, peu opératoires pour les intervenants sociaux, en se penchant sur les dynamiques particulières des personnes.

L’errance est le produit d’une absence de lien à soi et aux autres, d’un manque ou de défaillances fortes dans la construction psychologique, qui font que l’individu ne trouve pas de solutions matérielle à un vide qui l’habite et l’enferme2.
Dans ce sens l’errance est à la fois une protection contre ce sentiment de vide, et une fuite de soi permanente3 . L’errance peut aussi être pour certains l’effet de ruptures matérielles : famille, emploi, logement... Mais cet aboutissement semble bien souvent être en lien avec une composante intime pré-existante.

Jeunes et errance
Si l’on croise les deux tentatives de caractérisation, jeunes et errance, on voit alors que de fortes différences existent au sein de chaque population. Il y a parmi les jeunes des cités certains qui se fuient et d’autres qui cherchent leur chemin, comme parmi les jeunes migrants, comme parmi les jeunes SDF...
Et peut-on d’ailleurs qualifier d’errant celui qui se cherche ? Notons d’ailleurs que nombre de jeunes étrangers qui cherchent activement une place, un statut social, sont transformés bien malgré eux en « errants » par les politiques migratoires. Ou encore que l’absence de logement en Ile de France crée l’errance chez certains jeunes à partir de l’impossibilité de se stabiliser quelque part, comme cela était déjà montré dans les travaux conduits en 2001 en Seine Saint Denis et dans l’Essonne4.

Le chien, un facteur aggravant de marginalisation ?
Christophe Blanchard, Université d’Evry, chrbblanchard@yahoo.fr

Dans le parcours difficile qui est celui des jeunes à la rue, le chien représente souvent un élément de stabilité important.
L’animal représente en effet une présence rassurante, une béquille psychologique susceptible de les protéger physiquement.
Mais, pour ces propriétaires souvent méprisés socialement, le chien constitue surtout un élément de distinction symbolique fort. Il leur permet en effet de se distinguer d’autres populations marginalisées comme celles des grands exclus clochardisés qui ne parviennent généralement pas à s’occuper d’un animal dans la rue.
Le chien étant un animal incontournable et apprécié dans nos sociétés occidentales, il permet également aux propriétaires de la rue de tisser des liens tangibles avec le reste de la population. Un élément à ne pas sous-estimer quand on sait que l’exclusion a généralement pour triste conséquence de vous faire disparaitre très rapidement de toute réalité sociale.

Pourtant, malgré toutes ses potentialités, le chien demeure la plupart du temps un élément aggravant de marginalisation pour les propriétaires à la rue, démunis face aux manques de réponses sociales qui leur sont proposés à eux et à leurs compagnons à quatre pattes. La prise en charge de ce binôme s’avère en effet compliquée pour les structures sanitaires et sociales qui refusent trop souvent encore d’accueillir les animaux. Cette posture détourne évidemment ces publics de propriétaires à la rue des lieux censés les aider.

Il parait donc plus qu’urgent que les pouvoirs publics et les structures d’aide sociale s’adaptent à ce phénomène de marginalisation qui n’a rien d’une mode. Il serait d’ailleurs illusoire de prétendre régler les problèmes de ces jeunes en errance en leur enlevant leurs chiens.

1. Cabinet COPAS, Lille, dactylographié, décembre 2001.
2 . Olivier Douville. « Des adolescents en errance de lien ». L’information psychiatrique, n°1, janvier 2000, p. 29-34.
3. François Chobeaux. Intervenir auprès des jeunes en errance. Editions La Découverte, 2009.
4 . COPAS, op.cit. Et COPAS, Diagnostic partagé sur l’errance des jeunes en Seine Saint Denis, dactylographié, Lille, décembre 2001.

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