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Santé

L’acompagnement social en psychiatrie

janvier 2012

L’accompagnement social en psychiatrie

Une dimension méconnue du soin, pourtant essentielle, pour prévenir et limiter l’exclusion des patients de psychiatrie les plus handicapés par leur maladie.

Marie Joigneaux, Assistante Sociale Spécialisée en psychiatrie

Au sein de la file active des secteurs de psychiatrie adulte, on peut estimer à environ 10% le nombre de patients qui cumulent les handicaps sociaux et les facteurs de risque d’exclusion.
Parmi les facteurs de risque les plus fréquemment rencontrés, citons : la perturbation ou la faiblesse des attachements familiaux, la fréquence des évènements de vie traumatiques, les rapports complexes entretenus avec la réalité et leurs concitoyens, l’accès difficile à l’emploi ou le maintien aléatoire dans l’emploi, la difficulté d’accès à des moyens d’existence propres et suffisants, ou encore la difficulté qu’ont certains patients à gérer leurs moyens d’existence.

En ce qui concerne l’exclusion de leur lieu de vie, pour quelques patients de psychiatrie, les risques d’impossibilité d’accès, de rejet, de perte, d’inadaptation, d’inadéquation, d’utilisation morbide ou mortifère de leur lieu d’habitation peuvent également s’avérer importants.
Ces risques d’exclusion se situent dans les difficultés que ces patients peuvent rencontrer dans la recherche d’un lieu protecteur, au moment de l’entrée dans un logement ou hébergement.
Des freins peuvent aussi subsister dans l’investissement affectif ou dans l’entretien de ce lieu de vie, dans leurs difficultés à en assumer la responsabilité, le financement, à se conformer aux lois, règles, normes, et usages attachés aux modes d’habitation.

Ces facteurs de risque sont d’autant plus importants que la visibilité de certains symptômes concourt à inspirer de la crainte ou du rejet et que certains patients adoptent des mécanismes de défense qui participent à leur auto-exclusion1(cf. Dr Jean FURTOS).

Les assistants de Service Social spécialisés en Psychiatrie

Par la mission du Service Social Hospitalier tel qu’il a été défini par le législateur2, par la finalité de l’action sociale et la déontologie propre à leur métier3, par la discipline médicale qu’ils contribuent à servir, par la Politique de Santé Publique de Santé Mentale à laquelle ils participent, les Assistants de Service Social spécialisés en Psychiatrie ont vocation à proposer à ces patients en danger d’exclusion, un accompagnement social adapté à la nature de leurs difficultés.

Professionnel singulier, placé au sein de l’équipe de santé mentale, dont l’action et le statut le situent à la charnière entre le « dedans » et le « dehors », l’assistant de service social, apporte sa contribution particulière à la concrétisation des projets des patients et des équipes.
Dans le prolongement de l’action de l’équipe médicale sur la reconstruction identitaire, il s’ingénie à la restauration des liens sociaux et à la reconnaissance de la citoyenneté des patients.
Il concourt à élaboration des projets en les ajustant aux réalités concrètes et en les adaptant au contexte de vie des patients.
Son action vient s’inscrire à contre courant des phénomènes d’exclusion qu’il s’efforce de contenir.
Il s’attache à la restauration des perspectives d’intégration sociale pour les patients isolés par les pathologies les plus invalidantes.

Un malentendu existe cependant entre la finalité et les moyens du Service Social.

Celui-ci s’explique par une confusion généralement faite entre les moyens propres au travail social : méthodologie d’intervention4, éthique, qualité de la relation (qui relèvent de sa responsabilité propre), et les moyens dont il dispose pour accomplir sa mission lesquels sont constitués par les outils que la collectivité met, (ou ne met pas), à sa disposition pour venir en aide aux personnes en difficulté.

Un accompagnement social pleinement exercé

C’est ainsi que l’accompagnement social effectué par l’Assistant Social de psychiatrie peut s’exprimer pleinement dès lors qu’il existe une cohérence entre les politiques impulsées :
- par le législateur, qui définit ses missions, son cadre d’exercice et les politiques sociales qu’il met en œuvre ;
- par la direction de l’hôpital, qui met à la disposition de sa mission les moyens nécessaires aux actions qu’il mène dans le cadre de la politique nationale de santé mentale ;
- par l’équipe du secteur, animée par son médecin responsable et placée sous son autorité médicale.

De même, la qualité du travail clinique, la cohérence du projet de soins, la prise en compte de la réalité sociale et environnementale des patients par les équipes de soin, ainsi que des relations de confiance inscrites dans la durée entre l’Assistant Social et l’équipe soignante, sont essentiels à la mise en œuvre de ses savoir-faire.

Les défis et les enjeux de demain

Les équipes de psychiatrie sont confrontées à de multiples défis, dont le transfert de charges de l’Etat et de la Sécurité Sociale vers les collectivités locales, l’augmentation des files actives, la réduction des durées de séjour, le délitement du lien social.

Fort de sa formation à la relation d’aide, de sa maîtrise des législations sociales et de leur mise en application, de sa connaissance des réseaux, solidement ancré dans sa triple appartenance (métier/soin/cité), l’Assistant de Service Social de Psychiatrie possède une expertise et un savoir-faire, mis à la disposition du système de soin par le législateur, au bénéfice de la collectivité dans son ensemble.

A l’heure de l’effritement de la majorité des liens sociaux, ce travail d’articulation et de régulation entre d’une part, des individus qui sollicitent l’aide de l’assistante sociale et d’autre part, la collectivité qui organise les règles du « vivre ensemble » apparaît plus que jamais nécessaire à la cohésion d’une société.
Le service social de psychiatrie peut y contribuer. Il dispose des outils méthodologiques adaptés à cette entreprise. Il doit les utiliser mieux, les entretenir, les transmettre, les faire connaître.
Il doit parler plus haut, plus clair, trouver des alliances et sortir d’une position d’exécutant qui n’est pas la sienne.

1. J. FURTOS « De la précarité à l’auto-exclusion, une conférence-débat de l’ass. Emmaüs et de Normale Sup’ » éd. ENS-Rue d’Ulm 2009
2. Cf. Décret du 26/03/1993 et Circulaire du 20/12/1993 sur le Service social Hospitalier
3. Cf. Code de déontologie des Assistants de Service Social sur le site de l’ANAS (Association Nationale des Assistants de Service Social).
4. Conseil Supérieur du Travail Social « L’intervention sociale d’aide à la personne », éd ENSP 1998

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